(avec Jeanne Lefebvre, infirmière clinicienne)
Méta-description: Le SPM et le TDPM sont souvent confondus, mais ce ne sont pas la même chose. Jeanne Lefebvre, infirmière clinicienne et fondatrice de SexoSoins, nous explique la différence, les signaux d'alarme et ce qui aide vraiment.
On nous dit souvent que le SPM fait simplement « partie des règles ». Mais pour certaines personnes, ce qui se manifeste avant leurs règles va bien au-delà des ballonnements et de l'irritabilité, ça peut être invalidant. La frontière entre le SPM et le TDPM (trouble dysphorique prémenstruel) n'est pas toujours claire, et cette confusion peut retarder l'accès au bon type de soutien. Nous avons demandé à Jeanne Lefebvre, infirmière clinicienne (OIIQ) et fondatrice de SexoSoins, de nous aider à démêler tout ça.

Avertissement : Le contenu ci-dessous est fourni à titre informatif seulement et ne remplace pas un avis médical. Consultez toujours votre médecin ou professionnel de la santé au sujet de vos symptômes.
1. Qu'est-ce que le SPM, d'un point de vue médical?
Le SPM est cet ensemble de symptômes physiques et émotionnels qui apparaissent une à deux semaines avant les règles et qui disparaissent une fois qu'elles commencent, ou peu après. Il touche environ une personne menstruée sur quatre à une sur trois.¹˒³ Les symptômes courants incluent l'irritabilité, les ballonnements, les sautes d'humeur, la fatigue, la sensibilité des seins, la tension, et une sensibilité accrue ou le fait de se sentir facilement blessée émotionnellement.³
Sur le plan médical, on le diagnostique en te faisant noter tes symptômes quotidiennement pendant deux cycles complets, pour confirmer qu'ils suivent bien ce schéma et qu'ils disparaissent après les règles.¹˒⁴ Dans les faits, peu de gens font ce suivi, donc une bonne partie de ce qu'on appelle « SPM » n'a pas réellement été confirmé de cette façon.⁴
Voici ce qui surprend beaucoup de gens : ce n'est pas que les niveaux d'hormones sont anormaux dans le cas du SPM. La montée et la descente des hormones après l'ovulation sont complètement normales et se produisent chez tout le monde. Ce qui semble différer, c'est à quel point le cerveau est sensible à ce changement hormonal normal, en particulier à un dérivé de la progestérone appelé allopregnanolone, en plus d'une certaine perturbation de la sérotonine, un neurotransmetteur lié à l'humeur.¹ Donc ce n'est pas « trop » ou « pas assez » d'hormones. C'est le corps qui réagit plus fortement que prévu à un changement normal. Cela dit, si tu ressens de nouveaux symptômes qui n'étaient pas présents ou habituels chez toi auparavant, je te recommande de consulter un professionnel de la santé pour écarter d'autres diagnostics qui pourraient aussi causer ce type de symptômes.
2. Qu'est-ce que le TDPM, et en quoi est-ce différent du SPM?
Le TDPM est une forme plus sévère qui touche un groupe plus restreint, soit entre 2 et 8 personnes sur 100.²˒⁴ La différence clé, c'est que le TDPM est classé comme un trouble dépressif, et non simplement comme un ensemble de symptômes inconfortables.⁴
Avec le TDPM :
Les symptômes d'humeur sont le problème principal, et ils sont assez sévères pour affecter sérieusement le quotidien, un peu comme dans le cas d'une dépression majeure ou d'un trouble anxieux.³
Pour recevoir un diagnostic, il faut présenter au moins cinq symptômes durant la semaine précédant les règles, qui doivent s'améliorer dans les jours suivant leur arrivée. Au moins un des symptômes doit être lié à l'humeur, comme une irritabilité intense, des sautes d'humeur, un sentiment de désespoir ou de l'anxiété.³
Le SPM n'a pas de liste de critères aussi stricte. Le TDPM, oui.⁴
3. Quels sont les signaux d'alarme indiquant que c'est plus qu'un « simple » SPM?
Les symptômes nuisent réellement au travail, aux études ou aux relations, pas seulement de façon légèrement dérangeante.³˒⁴
L'humeur est le problème principal : colère intense, sautes d'humeur, désespoir, ou anxiété qui semble disproportionnée par rapport à la situation.³
Toute pensée de se faire du mal, un sentiment de désespoir, ou être très dur envers soi-même. Cela nécessite une attention immédiate.³
Les symptômes ne disparaissent pas complètement après le début des règles, ou persistent tout le mois. Cela peut indiquer autre chose qu'un simple SPM.³
Rien de ce que tu essaies ne semble aider.⁴
Tu te demandes à quel point ces symptômes peuvent réellement affecter ton quotidien? Au-delà de la biologie : l’impact des symptômes menstruels sur le travail, les études et le bien-être explore exactement cette question.
4. Quelles approches naturelles ou liées au mode de vie aident à gérer le SPM au quotidien?
Faire de l'exercice régulièrement : marche, yoga, ou activité similaire. Viser environ 150 à 300 minutes par semaine à intensité modérée, ou la moitié si l'intensité est plus élevée.³
L'acupuncture peut aider certaines personnes, autant pour les symptômes physiques qu'émotionnels.³
Les analgésiques en vente libre (comme l'ibuprofène) pour les crampes.³
La psychothérapie, en particulier la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), qui a des données probantes solides pour soulager les symptômes d'humeur.³
Dormir suffisamment et développer des stratégies d'adaptation qui fonctionnent pour toi.³
Les changements liés au mode de vie aident beaucoup de gens, mais ils ne fonctionnent pas pour tout le monde, et c'est correct. Certaines options de traitement doivent être discutées avec un médecin ou une infirmière praticienne, et elles peuvent apporter un réel soulagement aux personnes ayant des symptômes plus sévères. N'hésite pas à en parler.³
Tu cherches d'autres façons naturelles d'apaiser ton cycle? Découvre Douleurs menstruelles : des moyens naturels pour les soulager et les prévenir (avec Julie Doan).
5. Comment le TDPM se manifeste-t-il émotionnellement, et comment peut-on soutenir quelqu'un qui le vit?
Une personne atteinte de TDPM peut se mettre à pleurer soudainement, se sentir intensément blessée par de petites choses, devenir inhabituellement en colère ou s'emporter, se sentir désespérée ou déprimée, ou ressentir de l'anxiété et être à fleur de peau. Ces sentiments apparaissent durant la semaine précédant les règles et s'estompent une fois qu'elles commencent.³˒⁴
En tant que professionnel de la santé ou intervenant :
Rappelle-lui que c'est un schéma réel, d'origine biologique, et non un échec personnel ou une réaction exagérée.³
Encourage le suivi des symptômes pendant un cycle ou deux. Cela aide à confirmer le schéma et à déterminer le meilleur traitement.¹˒³
Soutiens la personne dans sa démarche pour obtenir de l'aide professionnelle. La thérapie (TCC) et certains antidépresseurs (ISRS) fonctionnent bien pour les symptômes d'humeur. Une étude a démontré que les deux approches étaient tout aussi efficaces après six mois, l'antidépresseur agissant simplement plus rapidement.³˒⁵
Encourage l'exercice et un bon sommeil comme soutien complémentaire, pas comme remplacement du traitement.³
Aide à établir un lien avec du soutien en santé mentale si la situation semble sévère.³
En tant que partenaire, membre de la famille ou ami :
Apprends à reconnaître le schéma avec la personne. Si tu remarques que les jours difficiles reviennent toujours dans la même fenêtre chaque mois, souligne-le doucement. Cela peut l'aider à se sentir moins prise au dépourvu et moins comme si elle « perdait la tête ».
Ne prends pas l'irritabilité ou la colère personnellement, même quand elle est dirigée vers toi. C'est la condition qui parle, pas un reflet fidèle de ce qu'elle ressent envers toi. Cela dit, il est correct d'établir des limites bienveillantes sur la façon dont on te parle, même durant une semaine difficile.
Demande-lui à l'avance, durant une semaine calme, ce qui l'aide vraiment. Certaines personnes veulent de l'espace, d'autres veulent de la compagnie. Ne devine pas, demande.
Réduis la pression durant cette semaine autant que possible. Enlève des choses de son assiette, n'en rajoute pas.
Évite de dire des choses comme « c'est juste le SPM » ou « calme-toi ». Cela minimise ce qui est une expérience réelle et biologique.
Encourage-la à consulter un médecin si la situation semble sévère, mais sans insister ou la harceler. Propose de l'aider à prendre le rendez-vous ou de l'accompagner si cela peut aider.
Sois attentif à tout discours évoquant le désespoir ou l'automutilation, et prends-le au sérieux. Encourage la personne à demander de l'aide immédiatement, et envisage de rester avec elle ou de l'aider à contacter une ligne de crise ou son médecin.
Si une sensibilité émotionnelle accrue liée à ton cycle te semble familière, tu pourrais aussi aimer Neurodivergence et menstruation: pourquoi votre cycle menstruel peut accroître votre sensibilité.
6. Quand devrait-on consulter un médecin plutôt que de tenter de gérer la situation soi-même?
Consulte un médecin si les symptômes perturbent le quotidien, si l'humeur est le principal problème, si les changements liés au mode de vie n'aident pas, ou si les symptômes ne disparaissent pas après le début des règles.³˒⁴ Demande de l'aide immédiatement en cas de pensées d'automutilation ou de désespoir, n'attends pas.³
Un médecin peut confirmer ce qui se passe réellement (TDPM versus dépression, anxiété, ou autre chose qui s'aggrave autour des règles) et proposer des options de traitement comme des antidépresseurs, des contraceptifs hormonaux, ou une thérapie. Ceux-ci peuvent apporter un soulagement significatif aux personnes ayant des symptômes plus sévères, donc ça vaut la peine d'en discuter même si les changements de mode de vie n'ont pas pleinement aidé.³ Les traitements plus intensifs (comme les médicaments bloquant les hormones ou, plus rarement, la chirurgie) ne sont utilisés que pour les cas sévères qui n'ont répondu à rien d'autre.³
Conclusion
Le SPM et le TDPM se situent sur un même spectre, mais ce ne sont pas la même expérience, et les traiter de la même façon peut priver certaines personnes du soutien plus poussé dont elles ont besoin. Si tes symptômes te semblent plus intenses qu'un « simple SPM », ça vaut la peine d'y prêter attention. Suivre ton cycle, nommer le schéma, et en parler à un professionnel de la santé sont tous des pas vers le bon type de soulagement.
Jeanne Lefebvre
Infirmière clinicienne, SexoSoins
SexoSoins.ca | Instagram : @sexosoins
Références
[1] Ortiz Worthington R, Eastman LM, Alexander JT. Management of Premenstrual Disorders. JAMA. 2026. doi:10.1001/jama.2025.26054 — jamanetwork.com
[2] Naheed B, Kuiper JH, O'Mahony F, O'Brien PM. Analogues de l'hormone de libération de la gonadotrophine (GnRH) pour le syndrome prémenstruel (SPM). Cochrane Database Syst Rev. 2025;6:CD011330. doi:10.1002/14651858.CD011330.pub2 — cochranelibrary.com
[3] Committee on Clinical Practice Guidelines–Gynecology. Management of Premenstrual Disorders: ACOG Clinical Practice Guideline No. 7. Obstet Gynecol. 2023;142(6):1516-1533. doi:10.1097/AOG.0000000000005426 — journals.lww.com
[4] Jespersen C, Lauritsen MP, Frokjaer VG, Schroll JB. Les inhibiteurs spécifiques de la recapture de la sérotonine pour traiter les syndromes et les troubles dysphoriques prémenstruels. Cochrane Database Syst Rev. 2024;8:CD001396. doi:10.1002/14651858.CD001396.pub4 — cochranelibrary.com
[5] Biggs WS, Romeu JM, Gaudard T. Premenstrual Syndrome and Premenstrual Dysphoric Disorder: Common Questions and Answers. Am Fam Physician. 2025;111(4):345-350 — aafp.org


